Colloque « Travail des femmes, travail des mères : les enjeux de la gestation pour autrui (TEGPA) », Université de Grenoble, 8-10 mars 2017

 

Les controverses entourant la pratique mondialisée de la gestation pour autrui (GPA) ont connu une nouvelle vigueur en 2014 et 2015, suite à une condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Faisant fond sur l’ignorance relative de la réalité aujourd’hui plurielle de la gestation pour autrui et de l’abondante littérature anglophone produite sur le sujet depuis les années 1980, les confusions qui gangrènent le débat public n’ont pas pour autant été dissipées. Le présent colloque, international et pluridisciplinaire, entend émanciper la réflexion du seul débat contradictoire en analysant les relations sociales, économiques et politiques d’interdépendance entre les différentes parties impliquées dans la circulation transnationale de la gestation pour autrui. Il est orienté par l’hypothèse suivante : la division mondialisée du travail reproductif en général et de la GPA en particulier nous oblige, pour être adéquatement décrite et évaluée, à reconfigurer les catégories conceptuelles et normatives – celles d’autonomie et de vulnérabilité, de travail et de responsabilité, de maternité et de filiation – qui, lorsqu’elles sont considérées de façon non critique, bloquent toute évolution juridique.

 

Le colloque est ouvert au grand public sur inscription préalable du 10 février au 3 mars 2017. Il sera introduit par une conférence-débat, proposée par Marlène Jouan, qui se tiendra à la Bibliothèque centre-ville de Grenoble le 15 février à 18h30.

Organisateur : Marlène Jouan (Université Grenoble Alpes, PPL, département de philosophie)
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Contact : marlene.jouan@univ-grenoble-alpes.fr
valerie.perret@univ-grenoble-alpes.fr
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Lieu : Domaine Universitaire de St Martin d’Hères
8 mars : Amphi G, CLV, 77 rue des Universités
9-10 mars : MSH Alpes, 1221 Avenue Centrale
TRam B et C, arrêt « Bibliothèques universitaires »
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Inscription : du 10 février au 3 mars sur

http://ppl.upmf-grenoble.fr

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L’argumentaire scientifique et le programme du colloque, ainsi que les résumés des communications, sont disponibles au téléchargement ci-dessous.

Argumentaire scientifique / Scientific description

Programme du colloque / Conference Programme

Résumés des communications / English abstracts of communications

Argumentaire scientifique :

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Les travaux de recherche portant sur la gestation pour autrui, que ce soit en France ou dans le monde anglo-saxon, relèvent aujourd’hui de plusieurs disciplines des sciences humaines et sociales : philosophie, sociologie, anthropologie, psychologie, droit, bioéthique, études de genre et études postcoloniales. Cette interdisciplinarité n’empêche pas de dégager des axes d’analyse majeurs qui permettent d’émanciper la réflexion du seul débat contradictoire. Typique de la première génération de la recherche consacrée à la GPA, celui-ci s’interrogeait principalement sur la légitimité morale de la commercialisation marchande du travail reproductif des femmes au sein des pays occidentaux. Tout en ayant produit des désaccords féconds entre féministes, ce débat « pour ou contre » a souvent mobilisé des catégories conceptuelles et normatives considérées comme évidentes et tenant peu compte des relations sociales, économiques et politiques d’interdépendance entre les protagonistes impliqué.e.s dans la circulation désormais transnationale du travail reproductif. Par contraste, la seconde génération de la recherche articule la réflexion normative à ses enjeux politiques et géopolitiques en termes de justice. L’hypothèse qui oriente ses travaux est que la division mondialisée du travail reproductif en général et de la GPA en particulier nous oblige, pour être adéquatement écrite et évaluée, à reconfigurer ces catégories. C’est notamment le cas de celles d’autonomie et de vulnérabilité, de travail et de responsabilité, de maternité et de filiation. Le présent colloque entend ainsi rassembler des chercheurs/euses spécialistes de la GPA depuis différents champs disciplinaires comme depuis différents contextes culturels, socio-économiques et juridiques, afin de questionner, d’élaborer et de prendre la mesure d’une telle reconfiguration. Il s’agira de la seconde manifestation scientifique de ce type organisée en France – après celle qui a eu lieu à Paris les 17 et 18 novembre 2016, intitulée « La gestation pour autrui : resituer la France dans le monde. Représentations, encadrements et pratiques ». Axe 1 : Enjeux éthiques de la gestation pour autrui Ces enjeux, relatifs au consentement des gestatrices, se formulent dans le prolongement de la critique féministe du principe libéral d’autonomie en éthique biomédicale, accusé d’être trop « mince » pour prendre en compte les contraintes qui pèsent sur les choix reproductifs auxquels les femmes sont confrontées. Mais cette critique est à double tranchant, car elle peut paradoxalement conduire à minorer l’agentivité des femmes et à légitimer une position paternaliste à leur égard. La reconnaissance de leur oppression et de leur vulnérabilité valide ainsi le traditionnel dispositif patriarcal de contrôle de leur corps et leurs capacités reproductives. Illustrant ce paradoxe de façon particulièrement aiguë, la GPA rend nécessaire d’articuler à nouveaux frais des notions d’autonomie reproductive et d’autonomie sociale, mais aussi de repenser la valeur critique des arguments de l’oppression et de la vulnérabilité. Dans la psychologie morale contemporaine, cette double exigence se noue dans l’analyse du problème des « préférences adaptatives » (initialement formulé par Jon Elster et renouvelé par Amartya Sen). Sans exclure d’autres approches, le colloque privilégiera ce problème central dans le débat féministe sur l’acceptabilité morale de la GPA. Axe 2 : Enjeux sociaux et politiques de la gestation pour autrui Alors qu’il est habituel d’appréhender la GPA en termes de commercialisation d’une partie de son corps, l’analyse au prisme de la catégorie du travail permet d’éviter la moralisation attenante pour inscrire cette pratique dans la continuité du travail de care qui, transversal aux espaces domestiques et marchands, participe à la reproduction des inégalités de genre, de classe et de race. Les féministes matérialistes avaient déjà dégagé, dans les années 1970, les limites de la division marxiste entre travail productif et travail reproductif. Conceptualisée comme travail de production biologique et affective de la vie humaine, la GPA problématise la catégorie même de travail reproductif et engage une modalité inédite de valorisation capitaliste du travail. Pourtant incommensurable avec une telle valorisation, la reconnaissance du travail des gestatrices semble exiger la mobilisation d’un concept relationnel et asymétrique de responsabilité (développé par Robert Goodin et Iris M. Young). Les notions traditionnelles de responsabilité causale, morale et légale ne peuvent en effet prendre en charge les situations inédites d’injustice générées par la circulation transnationale du travail de care, que le colloque s’attachera à cartographier et caractériser. Axe 3 : Enjeux anthropologiques de la gestation pour autrui Sous sa forme moderne, la GPA implique potentiellement trois mères physiquement et juridiquement distinctes : génétique, gestationnelle et sociale. Cette démultiplication de la maternité remet à elle seule en cause trois paradigmes anthropologiques naturalistes : celui de la reproduction humaine, celui de la parenté et celui de la différence des sexes. De conserve avec d’autres techniques de reproduction assistée mais avec une charge symbolique plus forte solidaire d’une psychologie normative de la grossesse, la GPA nous oblige à historiciser ces paradigmes, à interroger les processus de leur validation juridique et à repenser l’opposition de la nature et de l’artifice. Déjà largement engagées par l’anthropologie de la reproduction de tradition anglo-saxonne (Helena Ragoné) et l’anthropologie féministe (Paola Tabet), ces réflexions sont aujourd’hui précipitées par la diffusion des biotechnologies. Le colloque examinera notamment la valeur heuristique de la GPA pour l’anticipation des bouleversements de nos représentations de la maternité entraînés par leurs développements futurs, et en particulier par la réalisation du projet scientifique d’ectogenèse ou d’utérus artificiels.

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