Calendrier des colloques, journées d’étude, séminaires

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Année 2017 : 


 

 19 – 20 janvier 2017

Colloque « Théories de l’exploitation » (ANR PhiCenTrav / Economix / Sophiapol), Université Paris Ouest, organisé par Antoine Rebeyrol, Fabrice Tricou, Christian Lazzeri, Emmanuel Renault.

25 – 26 janvier 2017

Colloque « Travail et esclavage : représentations de l’Antiquité » (ANR PhiCenTrav / Crephac), organisé par Franck Fischbach et Anne Merker.

 

8 – 10 mars 2017

Colloque « Travail des femmes, travail des mères : les enjeux de la gestation pour autrui (TEGPA) » (ANR PhiCenTrav / Cerphi / PPL), Université Grenoble-Alpes, organisé par Marlène Jouan.

 

24 mars 2017

Journée d’études « Travail et technique dans la philosophie ancienne » (ANR PhiCenTrav / Cerphi / Gramata), Université Paris 1, organisée par Pierre-Marie Morel.

20 – 21 avril 2017

Colloque « Travail, psychanalyse, théorie critique » (ANR PhiCenTrav / CHSPM / CNAM / Dim Gestes / PCPP), Université Paris 1 et Université Paris Ouest Nanterre, organisé par Alexis Cukier, Christophe Dejours, Katia Genel, Duarte Rolo.

 

8-15 septembre 2017

Colloque « L’alternative du commun » (avec le soutien de l’ANR PhiCenTrav), Cerisy, organisé par Christian Laval, Pierre Sauvêtre, Ferhat Taylan.

 

21-22 septembre 2017

Colloque international « Le travail et la santé au travail : perspectives pluridisciplinaires et internationales » (avec le soutien de l’ANR PhiCenTrav), 4ème colloque international du Dim Gestes, 21 et 22 septembre 2017, CNAM-INETOP.

Séminaire « Économie et philosophie de l’exploitation », Economix/Sophiapol, Université Paris Ouest Nanterre

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Le séminaire “Économie et Philosophie de l’exploitation”, organisé dans le cadre du programme de recherche de l’ANR PhiCenTrav par les laboratoires Economix et Sophiapol, a débuté au 1er semestre 2014 (voir le programme en ligne) et se poursuit durant l’année universitaire 2015-2016.

 

Argumentaire 

Après avoir enflammé les joutes intellectuelles et nourri les luttes politiques d’une bonne partie du XXe siècle, la notion d’exploitation capitaliste a été largement délaissée. Du côté de la science économique, les grands débats d’économie politique ont perdu de leur vigueur et les questionnements se sont à la fois technicisés et sectorialisés. Du côté de la philosophie, les problématiques marxistes ont reflué, et lorsqu’elles ont subsisté, c’est davantage autour des notions d’aliénation et de domination qu’autour de celle d’exploitation. Le moindre intérêt pour la notion n’est cependant justifié ni théoriquement (il repose sur des changements de sensibilité et de paradigmes plus que sur des analyses argumentées) ni empiriquement (qui pourrait dire que nous vivons dans une phase de « capitalisme sans exploitation » ?). Quant à la rencontre de ces deux disciplines autour de ce thème, elle est fondée sur l’imbrication des enjeux économiques et philosophiques de l’histoire du concept, de même que sur le croisement des problématiques des « théories de la justice » et de la « philosophie économique ».
L’objectif du séminaire est d’examiner l’histoire et l’actualité des conceptions de l’exploitation, tout en revisitant un ensemble de questions classiques : exploitation et domination ; exploitation et injustice ; formes économiques et non-économiques d’exploitation ; diversité des exploitations économiques et spécificité de l’exploitation capitaliste en général, de l’exploitation à l’époque du capitalisme financiarisé en particulier ; comparaison de l’approche des théories de la valeur, de l’approche en termes monétaires et des perspectives socio-économiques ; analyse des divers courants théoriques abordant l’exploitation.

Lieu :
Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Bâtiment A, 3ème étage, Salle A304
Comment venir ? par le train et le RER
Plan du campus de Paris Ouest Nanterre La Défense

Organisation :
Christian Lazzeri (Paris Ouest, Sophiapol), Antoine Rebeyrol (Paris Ouest, Economix),Emmanuel Renault (Paris Ouest, Sophiapol) et Fabrice Tricou (Paris Ouest, Economix).

Programme du séminaire 2015-2016

 

Second semestre 2015-2016, lundi à 17h-19h

 

25 janvier  2016 | Christian Laval (Sophiapol, Université Paris Ouest) : “Comment Marx a découvert l’exploitation”

22 février 2016 | Barbara Gomes (IRERP, Université Paris Ouest) : “Exploitation et subordination d’après le droit du travail”

7 mars 2016 | François Vatin (IDHES, Université Paris Ouest) : “Aliénation et émancipation. Les paradoxes du salariat”

4 avril 2016 | Claire PIGNOL (PHARE, Université Paris 1) : “Justice et aliénation dans le slogan marxien : ‘à chacun selon ses besoins’”

2 mai 2016 | Emmanuel Renault (Sophiapol, Université Paris Ouest) : “L’exploitation comme domination”

30 mai 2016 |  Fabrice Tricou (EconomiX, Université Paris Ouest) : “L’exploitation comme injustice”

20 juin 2016 | Antoine Rebeyrol (EconomiX, Université Paris Ouest) : “L’exploitation du point de vue de l’économie classique”

 

Rappel du programme du séminaire 2014-2015 

 

 

1er semestre 2014-2015

Lundi 13 octobre 2014 (17h ; A304)
Christophe Darmangeat (Université Paris VII ; Sophiapol)
« Les sociétés sans richesses étaient-elles des sociétés sans exploitation ? »

Lundi 17 novembre 2014 (17h ; A304)
Stéphane Haber (Université Paris Ouest ; Sophiapol)
« Aliénation et exploitation : deux concepts de la théorie sociale critique. »

Lundi 8 décembre 2014 (17h ; A305)
Jacques Bidet (Université Paris Ouest ; Sophiapol)
« Le concept d’exploitation : son élaboration philosophique et théorique dans LeCapital. »

 

2e semestre 2014-2015

Lundi 19 janvier 2015 (17h ; A304) :
Vincent Bourdeau (Université de Franche-Comté)
Sur la formule « l’exploitation de l’homme par l’homme »

Lundi 9 février 2015 (17h ; A304) :
Alice Sindzingre (Université Paris Ouest ; EconomiX)
Double exploitation dans le capitalisme périphérique (hiérarchie de statuts et normes d’infériorisation)

Lundi 9 mars 2015 (17h ; A304) :
Olivier Favereau (Université Paris Ouest ; EconomiX)
Une reformulation conventionnaliste de l’exploitation marxienne

Lundi 13 avril 2015 (17h ; A304) :
André Orléan (CNRS ; EHESS ; Paris Jourdan Sciences Economiques)
Valeur, monnaie et exploitation : être fidèle à Marx en le critiquant ?

Lundi 18 mai 2015 (17h ; A304) :
Etienne Balibar (Université Paris Ouest ; Sophiapol)
Plus-value ou survaleur ?

Lundi 15 juin 2015 (17h ; A304) :
Bruno Tinel (Université Paris 1 ; CES)
Quels liens entre exploitation et division du travail ? Le cas de la sous-traitance

 

Colloque « Philosophies du travail. Le travail selon la philosophie moderne », 5 et 6 novembre 2015, Université de Strasbourg

Philosophies du travail - Phicentrav

Philosophies du travail 2 - Phicentrav

 

Colloque « Philosophies du travail. Le travail selon la philosophie moderne »

organisé par Franck Fischbach dans le cadre des activités du Crephac 

et de la Faculté de philosophie de l’Université de Strasbourg,

5-6 novembre 2015, Palais Universitaire/Grand Patio – Université de Strasbourg

S’agissant du travail, ce colloque prend les choses par l’aval, c’est-à-dire en partant des philosophes de l’époque moderne et contemporaines : il sera complété ultérieurement d’un autre colloque dont les travaux remonter vers les périodes antique et médiévale.

Le titre du colloque – Philosophies du travail – est à entendre comme une question: dans quelle mesure certains parmi les plus importants penseurs des xixe et xxe siècles peuvent-ils être lus et interprétés comme ayant été des philosophes du travail ? De quelles manières la lecture que l’on fait de leurs œuvres et les interprétations qu’on en donne sont-elles modifiées, transformées dès lors qu’on fait l’hypothèse que le travail a été non pas un objet accessoire mais un enjeu central de leurs pensées ? Mais aussi pourquoi, pour quelles raisons et dans quels buts (théoriques et pratiques) ces penseurs ont-ils considéré le travail non pas seulement comme un enjeu majeur de leur époque, mais aussi comme un thème, un objet, un champ et un domaine sur lesquels la philosophie avait des choses à dire et qu’elle pouvait s’approprier en tant que philosophie? La période historique considérée ayant aussi été celle de la naissance des sciences sociales ou des sciences du social, comment se fait-il que la philosophie ait persévéré à thématiser le travail, alors que ces sciences nouvelles (la sociologie certes, mais aussi l’économie) semblaient plus à même qu’elle de le théoriser et paraissaient devoir prendre le relai de la philosophie sur ce terrain ? Au prix de quelles transformations d’elle-même la philosophie a-t-elle persévéré à penser le travail: dans quelle mesure en particulier le fait, pour une philosophie, de considérer le travail comme un enjeu central fait-il d’elle une «philosophie sociale» ? Cela suffit-il, ou bien faut-il que s’ajoute la double dimension d’une critique du travail tel qu’il est et de la visée d’une libération du travail ? Mais comment entendre cette libération ? Telles sont les principales questions à l’examen desquelles se consacreront les intervenants de ce colloque.

PROGRAMME

 

Jeudi 5 novembre

Palais Universitaire – Salle Pasteur

Après-midi

Président de séance :

Jacob Rogozinski (Professeur de philosophie, Crephac, Université de Strasbourg)

14h : Accueil et ouverture

Jacob Rogozinski (Professeur de philosophie, directeur du Crephac, Université de Strasbourg)

14h15 : Marx et le travail

Jean Quétier (Doctorant en philosophie, Crephac, Université de Strasbourg)

15h15 : Heidegger, du travail à la technique

Franck Fischbach (Professeur de philosophie, Crephac, Université de Strasbourg)

16h15 : Pause

16h30 : Le travail dans le pragmatisme de Dewey

Emmanuel Renault (Professeur de philosophie, Sophiapol, Université de Paris Ouest Nanterre)

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Vendredi 6 novembre

Nouveau Patio – Salle 001

Matinée

Président de séance :

Gérard Bensussan (Professeur de philosophie, Crephac, Université de Strasbourg)

08h30 : Le travail chez Simone Weil

Michaël Labbé (Ater en philosophie, Crephac, Université de Strasbourg)

09h30 : Hannah Arendt et le travail

Katia Genel (Maîtrie de conférence en philosophie, CHSPM, Université Paris 1)

10h30 : Pause

10h45 : Le travail dans la théorie critique, de Horkheimer et Adorno à Honneth

Julia Christ (Institut für Sozialforschung, Goethe Universität, Frankfurt am Main)

11h45 : Travail, praxis, autonomie chez Castoriadis

Arnaud Tomès (Professeur de philosophie en classes préparatoires, Lycée Kléber, Strasbourg, Crephac, Université de Strasbourg)

 

Après-midi

Président de séance :

Franck Fischbach (Professeur de philosophie, Crephac, Université de Strasbourg)

14h30 : Le travail, de Sartre à Gorz

Hadi Rizk (Professeur de philosophie en classes préparatoires, Lycée Henri IV, Paris)

15h30 : Hegel, le travail et le marché

Hans-Christoph Schmidt am Busch (Professeur, Technische Universität, Braunschweig)

16h30 : Pause

16h45 : Nietzsche, penseur du travail ?

Frédéric Porcher (Doctorant en philosophie, Crephac, Unievrsité de Strasbourg)

17h45 : Clôture du colloque

Colloque international « Enjeux politiques du travail », 24 et 25 septembre 2015, Université Paris Ouest

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Colloque organisé dans le cadre de l’ANR PhiCenTrav avec le soutien du Sophiapol, de la région Ile de France (DIM GESTES), et du CREΦAC.

Une restitution et un enregistrement sonore de la première demi-journée du colloque est en ligne sur le site du Dim Gestes

 

Le thème de la fin du travail, qui dominait les débats intellectuels dans les années 1990, n’a pas résisté à l’attention publique croissante dont les maux du travail ont fait l’objet dans les années 2000 : débats sur la flexibilité et la précarité, sur l’évaluation, sur la souffrance au travail et les suicides… On a assisté ces dernières années à un retour du travail comme sujet de préoccupation éthique et politique centrale. Mais la question des enjeux politiques du travail reste marquée par un déficit de thématisation et de théorisation. Cette question, le colloque voudrait l’aborder dans une double perspective : celle des débats généraux concernant les enjeux politiques du travail, et celle des enjeux internes à différentes disciplines traitant du travail.

La première demi-journée considérera trois grandes perspectives suivant lesquelles les enjeux politiques du travail peuvent être abordés dans le domaine de la philosophie sociale : celle de la transformation sociale, de la démocratie et de la justice. La deuxième demi-journée concernera des enjeux politiques généraux qui peuvent être explicités plus dans des cadres disciplinaires particuliers : l’économie, le droit et l’histoire. La troisième demi-journée portera sur la question du sujet au travail, en interrogeant la portée politique des démarches de la clinique de l’activité, de la psychodynamique du travail, et du concept de « travail vivant ». La dernière demi-journée abordera les enjeux politiques de différentes approches sociologiques spécifiques du travail : la sociologie féministe matérialiste, la « sociologie hétérodoxe » liée à la critique marxienne du travail et les Critical Management Studies.

Dates :
Jeudi 24 septembre et vendredi 25 septembre 2015, de 9h à 18h

Lieu :
Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Bâtiment B, Salle des Conférences

Organisateurs :
Emmanuel Renault, Professeur de philosophie, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, membre du laboratoire Sophiapol
Alexis Cukier, Post-doctorant en philosophie, Centre Marc Bloch (Berlin), membre rattaché au laboratoire Sophiaol.

Partenaires :
Région Ile de France – DIM Gestes, Université Paris Ouest Nanterre La Défense – Laboratoire Sophiapol (EA3932), Agence Nationale de la Recherche – Programme PhiCenTrav, Université de Strasbourg – CREΦAC (EA 2326)

Voir également sur la présentation du colloque le site du Dim Gestes

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PROGRAMME 

 

Jeudi 24 septembre

9h : Introduction du colloque

Philosophie sociale

Matinée présidée par Christian Laval (9h30 – 13h)

Travail et transformation sociale

Alexis Cukier (Post-doctorant en philosophie, Centre Marc Bloch, Berlin)

Travail et éthicité démocratique

Franck Fischbach (Professeur de philosophie, Université de Strasbourg)

– Pause –

Enjeux de justice

Emmanuel Renault (Professeur de philosophie, Université Paris Ouest Nanterre La Défense)

Économie, droit, histoire

Après-midi présidée par Fabrice Tricou (14h30 – 17h)

Analyse économique du travail et de l’emploi: sortir de l’inversion

Bruno Tinel (Maître de conférences en économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

Le travail, absent du droit du travail ?

Cyril Wolmark (Professeur de droit, Université Paris Ouest Nanterre La Défense)

– Pause –

Les formes de contestation du travail dans les années 1968

Michelle Zancarini-Fournel (Professeure d’histoire contemporaine, Université de Lyon 1)

 

Vendredi 25 septembre

 

Matinée présidée par Yves Duroux (9h30 – 13h)

Le sujet au travail

La clinique de l’activité dans la clinique du travail : un enjeu politique 

Yves Clot (Professeur de psychologie, CNAM)

Psychodynamique du travail et politique: quels enjeux?

Christophe Dejours (Professeur de psychologie, CNAM)

– Pause –

Travail, vie, pouvoir: en quels sens le travail vivant est-il une catégorie politique?

Jean-Philippe Deranty (Professeur de philosophie, Université de Macquarie, Sydney)

Perspectives sociologiques

Après-midi présidée par Hermann Kocyba (14h30 – 18h)

Le travail comme enjeu pour la sociologie féministe matérialiste

Danièle Kergoat (Professeure de sociologie, CNRS)

Emanciper le travail ou s’émanciper du travail? Un retour critique sur l’approche sociologique hétérodoxe de Jean-Marie Vincent

Stephen Bouquin (Professeur de sociologie, Université d’Evry-Val-d’Essonne)

– Pause –

Les Critical Management Studies entre micro-émancipation et utopie

Luca Paltrinieri (Collège international de philosophie, chercheur au LabTop-CRESPPA)

17h – 18h :  Discussion générale

Programme ANR « Approches philosophiques de la centralité du travail »

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Programme ANR : Innovations (DS0801) 2014

Référence projet : ANR-14-CE31-0012

Laboratoires : Sophiapol / Crephac / Cerphi

Coordinateur du projet : Franck Fischbach (Centre de Recherches en Philosophie allemande et contemporaine, EA 2326)

Résumé du projet

 

L’hypothèse que le programme PhiCenTrav tentera de confirmer est celle-ci : les mutations et innovations sociales des 20 dernières années ont replacé le travail au centre des enjeux du changement social. Si le changement social est allé vers un renforcement de l’autonomie des acteurs du travail, ce gain s’est aussi traduit pour ces acteurs (positivement) par de nouvelles attentes de reconnaissance dans et par le travail, et (négativement) par la fragilisation des individus (R. Sennett, 2000) qui ne disposent plus des filets d’une organisation hiérarchisée du travail, de sorte qu’ils peinent à faire face aux attentes d’autonomie auxquelles ils sont confrontés et à la hauteur desquelles ils sont censés se porter.

Le thème de la fin du travail, qui dominait les débats dans les années 1990 (D. Méda, 1995 ; J. Rifkin, 1996 ; A. Gorz, 1988), n’a pas résisté à l’attention publique croissante dont les maux du travail ont fait l’objet dans les années 2000 : débats sur la flexibilité et la précarité, sur l’évaluation, sur la souffrance au travail et les suicides au travail. On a assisté ces dernières années à un retour du travail comme sujet de préoccupation éthique et politique majeur (M. B. Crawford, 2010 ; R. Sennet, 2010 ; C. Dejours, 2009 (2) ; F. Dagognet, 2013 ; L. Svendsen, 2013). Mais la philosophie est plutôt restée à l’écart de ce mouvement et la question de la centralité du travail est globalement demeurée sous théorisée. Le projet PhiCenTrav a pour objectif de pallier ces lacunes. Parler de centralité du travail revient à utiliser une métaphore géométrique ou physique pour soutenir que le travail est à la fois une réalité et une valeur centrales dans la vie individuelle et collective. Cette dimension métaphorique pourrait susciter des soupçons.

Cependant, ces métaphores géométrique et physique ont un contenu conceptuel identifiable qui peut être explicité par l’intermédiaire des constats suivants: 1) le travail occupe une place non négligeable dans nos existences, 2) il influe sur la part de nos existences qui ne concerne pas directement le travail, 3) et il constitue un enjeu normatif sur les plans individuel et collectif, soit directement parce que l’activité de travail et les institutions de la production définissent des problèmes normatifs spécifiques et décisifs, soit indirectement parce que la capacité à cultiver des valeurs propres à la vie horstravail dépend elle-même du travail.

Il y a donc trois thèses implicites dans l’idée de centralité du travail. Premièrement, le travail n’occupe pas une place négligeable dans les champs individuel et collectif. Deuxièmement, l’expérience du travail et les institutions liées au travail produisent des effets sur les expériences et les institutions non directement liées au travail. Troisièmement, le travail constitue un enjeu normatif décisif, tant moral que politique. Une vision unifiée du travail qui permettrait de reconnaître sa centralité peine à émerger. Tenter de rendre commensurables différentes perspectives scientifiques sur le travail procurées par les sciences sociales, de les articuler avec des préoccupations fondamentales concernant le travail, s’interroger sur la validité épistémologique des premières et sur les implications théoriques et politiques des secondes, revient à s’engager dans une réflexion philosophique sur la centralité du travail du point de vue d’une épistémologie des sciences du travail et d’une philosophie sociale et politique du travail. En retour, une telle démarche conduit à s’interroger sur la place que le travail a occupée dans l’histoire de la philosophie et sur les raisons pour lesquelles il a cessé d’être le sujet central qu’il a été au moins jusqu’aux années 50 du XXème siècle, pour finir par se réduire aujourd’hui à un sous problème de la philosophie de la technique ou de la philosophie politique.

La thèse fondamentale du projet peut être formulée en ces termes : de même que la-critique communautariste du libéralisme a souligné que les citoyens ne sont pas seulement des individus porteurs de droits, mais aussi des « social selves », de même il faut tirer toutes les conséquences, sur le plan de l’anthropologie philosophique, de la théorie sociale et de la théorie politique, du fait que ces mêmes « social selves » sont aussi des « working selves ».

Les travaux seront structurés autour de 3 grands axes :

1. Histoire philosophique du travail

2. Objections et obstacles épistémologiques à la centralité du travail

3. Enjeux normatifs, politiques et sociaux de la centralité du travail

 

Axe n°1.

Réaliser une histoire philosophique

de la centralité du travail

Responsables : Franck Fischbach et Didier Ottaviani

S’il est pertinent de s’engager dans une étude des formes de thématisation de la centralité du travail dans l’histoire de la philosophie, c’est que, dès l’Antiquité grecque, la philosophie s’est intéressée de différentes manières au travail. Le projet repose sur l’idée que le travail n’est pas une invention récente, même s’il est vrai que ce n’est qu’à une période récente que le concept de travail en est venu à obtenir une extension telle que toutes les activités sociales ont été conçues (à partir les Lumières écossaises notamment) comme participant d’un système de division du travail. Marx est le premier à avoir soutenu que l’universalité du travail n’était pas incompatible avec la formation tardive de ce concept extensif du travail42, idée qui semble justifiée à la lumière de l’état du savoir en histoire et en anthropologie. Toujours les hommes ont travaillé, même si c’est seulement dans la modernité que les différentes formes de leur travail ont été rapprochées les unes des autres et subsumées sous une catégorie englobante de travail.

Il en résulte que la question de la centralité du travail se pose nécessairement sous des formes différentes d’une part dans l’Antiquité, au Moyen-âge, à la Renaissance et à l’Âge classique, d’autre part dans la période caractérisée par la promotion de la catégorie de travail en concept général de l’activité productive socialement utile. C’est la raison pour laquelle l’histoire philosophique de la centralité du travail que nous rédigerons sera scindée en deux parties mettant chacune en oeuvre une méthode et un mode d’exposition spécifiques.

L’objectif général poursuivi dans ces différentes enquêtes d’histoire de la philosophie sera de rendre manifeste toute la présence du thème du travail, de rendre perceptible toutes ses implications, et de faire apparaître toute la richesse des concepts et des problématiques à travers lesquels il a été pensé. Dans la première partie, la centralité du travail sera entendue principalement au sens de l’importance de la prise en compte du travail, de la fécondité des concepts et des problématiques liées au travail, et de leur rôle décisif dans la discussion de questions philosophiques fondamentales. Dans la seconde partie, la centralité du travail sera entendue au sens d’une thèse dont il convient d’examiner et de distinguer les différentes formulations possibles.

L’objectif principal de ce premier axe est la publication d’une histoire philosophique de la centralité du travail.

Axe n°2.

Relever les objections et obstacles épistémologiques

la centralité du travail

Responsables : Emmanuel Renault et Jean-Philippe Deranty

Il existe un fort décalage entre les représentations sociales du travail, qui souvent lui reconnaissent une forme de centralité, et le discours savant qui tend à la contester ou à la considérer comme un paradigme dépassé (comme Foucault dans Les Mots et les  choses). Il s’agira tout à la fois d’étudier ici les objections théoriques à la centralité du travail, et les obstacles épistémologiques que doit dépasser toute théorie de la centralité du travail.

L’objectif général de cet axe est de procéder à une cartographie des différentes formes de thématisation et de contestation de l’hypothèse de la centralité du travail. La contestation de la centralité du travail peut s’appuyer sur des arguments historicistes (seules certaines sociétés ont donné une centralité au travail), constructivistes (chaque société définit différemment quelles activités relèvent du travail ou non), pluralistes sur le plan de la théorie sociale (le monde social est composé de différentes sphères d’actions indépendantes et dotées de principes propres, le travail n’étant central que dans certaines d’entre elles), pluralistes sur le plan éthique (il existe une pluralité de définitions de la vie bonne et le travail ne peut être considéré comme central que dans certaines d’entre elles), sur des hiérarchies normatives (les enjeux normatifs les plus importants, qui renvoient à des exigence de justice et de liberté, se définissent hors du travail), sur des hiérarchies causales (la genèse des inégalités sociales dépend de mécanismes reproducteurs inscrits dans la famille et l’école plus que dans l’expérience du travail ; la structuration de la psyché humaine dépend davantage des expériences de la prime enfance que de celles du travail), ainsi que sur des conflits de paradigmes (l’idée de centralité du travail relèverait d’une vision économiciste du social contre laquelle les autres sociales se devraient de lutter).

On peut émettre l’hypothèse que certaines disciplines peuvent plus facilement que d’autre accorder une forme de centralité au travail : l’économie, les sciences de la gestion, l’ergonomie et les sciences de l’éducation. Cependant, si la philosophie, l’anthropologie, l’histoire, la sociologie et la psychologie ont inversement fourni de nombreux arguments contre la centralité du travail, elles ont consacrent également des sous-disciplines au travail.. Ces dernières peuvent également fournir des argument en faveur de la centralité du travail.

Les connaissances produites par ces différentes disciplines et sous-disciplines fournissent divers types d’arguments en faveur de la centralité du travail, mais selon des définitions du travail différentes et dans le cadre de problématiques divergentes, et sous des formes qui engagent des débats et des polémiques spécifiques. C’est pourquoi il est difficile d’aboutir à une conception globale et cohérente de la centralité du travail et à une vue d’ensemble de ses justifications.

L’objectif principal de ce deuxième axe est la publication d’une cartographie critique des objections à la centralité du travail. 

Axe  n°3.

Dégager les enjeux normatifs, politiques et sociaux

de la centralité du travail

Responsables: Franck Fischbach et Emmanuel Renault

 
3.1. Travail et modernité : la forme moderne de la centralité du travail

Nous avons déjà mentionné que les objections historiques à la centralité du travail comptaient parmi les principales. Il s’agira de les examiner tout en cherchant à identifier les spécificités du travail dans la modernité. Il semble difficile d’admettre que le travail n’a jamais comporté aucune sorte de centralité avant l’époque moderne et l’on peut se demander au contraire avec Veblen si ce ne sont pas les formes modernes d’institutionnalisation du travail qui ont le plus conduit à transformer l’attrait instinctif du travail bien fait (« instinct of workmanship ») en aversion pour le travail (selon l’identification du travail à une désutilité qui a valeur d’axiome dans l’économie classique et marginaliste). D’où la nostalgie, sans cesse renaissante depuis le XIXsiècle, de l’artisanat et du métier, voire du travail manuel.

Il est indéniable que l’institutionnalisation du travail sous sa forme salariée a conféré à l’expérience du travail de nouvelles formes : homogénéisation du travail (connexe d’une généralisation de la catégorie travail), connexion de l’expérience du travail à la constitution d’un marché du travail et à l’existence d’un contrat de travail, subordination de l’activité de travail à un système de contraintes destinées à maximiser la productivité horaire. Il est tout aussi certain que les finalités économiques, auxquelles le travail s’est trouvé toujours plus fonctionnellement subordonné, en sont venues à occuper une place toujours plus centrale dans l’ensemble de l’édifice social. Il est également évident que le travail ne s’est pas vu conféré qu’une valeur négative, puisque de manières opposées, le discours protestant et le discours utopique ont contribué à le doter d’une signification décisive. Faut-il considérer que cette mutation de l’expérience du travail et cette transformation du rôle des activités de production dans les formations sociales ont donné naissance à une forme de centralité du travail irréductible à ses formes précédentes ?

3.2. Travail et société : la centralité sociale du travail

La littérature contemporaine dans les sous-disciplines de la psychologie morale, de la théorie de l’action, de l’ontologie sociale et de la théorie sociale accorde peu d’importance à la question du travail. Que l’on identifie l’action à partir de dispositions ou de raisons d’agir, que l’on fasse reposer les conditions de l’autonomie personnelle dans des modèles culturels ou dans des relations à autrui en général ou à des autrui significatifs, que l’on fasse reposer l’être du social sur la validité normative ou sur l’imbrication fonctionnelle des institutions, que l’on cherche les principaux vecteurs la reproduction sociale dans la famille, dans l’éducation ou dans la pluralité des dispositifs d’assujettissement, de contrôle et de régulation, que l’on identifie les principaux vecteurs de transformations sociales aux contradictions macroéconomiques, à l’agir institutionnalisé des mouvements sociaux, aux processus de rationalisation marchands et bureaucratiques ou aux dynamiques de l’espace public délibératif, jamais les formes d’agir spécifique qui sont constitutives du travail ne semblent déterminantes. Les dispositifs de pouvoir propre au travail salarié, les formes de subjectivation, de socialité et de domination qui s’inscrivent et se reproduisent en lui ne le semblent pas plus.

Pourtant, l’ergonomie (de tradition française) a proposé une conception originale qui n’est pas restée sans reprises philosophiques49. Par ailleurs, de nombreuses études ont montré que l’expérience du travail a un pouvoir éducatif/formateur plus fort que l’éducation et même la famille50. De même, les contradictions macroéconomiques sont toujours liées à des processus de mise au travail et de subordination du travail à des impératifs de productivité, et nombreux sont les mouvements sociaux qui trouvent dans l’expérience du travail soit l’origine de leurs revendications soit les conditions de leurs mobilisations. Du point de vue de la théorie sociale, le rapport entre travail et domination est une autre question décisive : doit-on considérer que le travail n’est central que dans un type particulier de domination (la domination de classe), ou bien au contraire, comme certains courants féministes le soutiennent, que la domination genré est étroitement liée à la division sexuelle du travail et qu’il existe en fait une consubstantialité entre rapports sociaux de classe, de sexe et de race (le cas de l’internationalisation du care work fournissant l’exemple paradigmatique).

Compte tenu du faible intérêt de la philosophie et des sciences sociales contemporaines pour la théorie sociale, il n’est pas étonnant que ces questions n’aient pas fait l’objet de traitement systématique. Or, c’est bien du point de vue de la théorie de l’action, des théories de l’ontologie sociale et de la théorie sociale qu’il convient de les affronter si la pertinence de la thèse de la centralité sociale du travail doit être examinée.

3.3. Travail et citoyenneté : la centralité politique du travail

R. E. Lane aussi bien que C. Dejours ont souligné les implications politiques des effets éducatifs/formateurs du travail. Alors que les conditions de travail dégradantes, routinières et fortement contraignantes contribuent à induire égoïsme, perte d’empathie et consentement à la domination, des conditions de travail satisfaisantes induisent sens de la solidarité, habitudes démocratiques et préoccupation pour le bien commun. Ils ont ainsi montré que c’est dans l’expérience même du travail qu’il faut chercher le principal vecteur de la construction sociale de la citoyenneté. Pourtant, les conceptions habituelles de la citoyenneté sont doublement déconnectées de l’expérience du travail (si ce n’est sous la forme problématique du lien établit par l’administration pénitentiaire entre mission d’insertion et travail). La construction sociale de la citoyenneté est généralement renvoyée à l’éducation et aux conditions juridiques permettant l’accès à un espace publique délibératif. Quant à l’exercice de la citoyenneté démocratique, qui s’arrête généralement aux portes de l’usine et des bureaux, il est généralement référé à la garantie d’un ensemble de droits fondamentaux déconnectés du travail, et la manière dont il doit régir les institutions économiques est pensée à travers des exigences de redistribution des produits du travail ou des ressources tirées du travail (exigences de justice distributive ou redistributive) qui laissent l’expérience du travail hors-champs. Alors que la valeur des institutions démocratiques est généralement rapportée à des exigences de justice ou à l’idée de démocratie comme dispositif de non domination, la question des injustices et de la domination au travail n’est pas considérée, pas plus que ne l’est celle de la transformation des expériences du travail déterminantes dans la constitution d’un éthos démocratique.

Examiner l’hypothèse d’une centralité politique du travail suppose d’analyser les différentes implications politiques des effets formateurs du travail, mais aussi de chercher à en tirer les conséquences politiques : exigence marxienne de transformation des conditions de travail et des rapports sociaux inscrits dans la division sociale du travail, exigence d’une citoyenneté d’entreprise, exigence d’un socialisme de marché qui se conçoive comme une démocratie de producteurs plutôt que comme une démocratie de consommateurs et qui substitue la problématique de la redistribution des effets éducatifs du travail à celle des ressources, renouvellement des perspectives.

3.4 Évolutions du travail.

Les recherches des axes 1, 2 et 3 poursuivent des objectifs spécifiques en même temps qu’elles s’inscrivent dans un projet d’ensemble : éclairer les débats relatifs à la centralité du travail en explicitant les différentes manières dont il est possible de penser la centralité du travail, les différents arguments susceptibles d’être mobilisés à l’appui de l’hypothèse d’une centralité du travail et les différentes implications de l’hypothèse de la centralité du travail. La dimension proprement théorique et épistémologique de ce projet tient au fait que ces débats se développent dans différentes sous-disciplines de la philosophie, des sciences sociales, humaines et politiques. Dans une perspective de philosophie sociale, ce projet est également destiné à nourrir des diagnostics sociaux portant sur les transformations contemporaines du travail, transformations dont nous avons remarqué qu’elles sont pour beaucoup dans la nouvelle centralité du travail comme préoccupation sociale. Un axe de recherche spécifique sera destiné à identifier la manière spécifique dont la nouvelle question sociale du travail pose la centralité du travail et la façon dont l’hypothèse de la centralité du travail conduit à déplacer les diagnostics relatifs aux pathologies sociales contemporaines.

L’objectif principal de ce troisième axe est la publication d’un dossier sur les enjeux sociaux et politiques du travail aujourd’hui. 

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